Souvenir désaffecté

Souvenir désaffecté

 

 

 

 

Il me revient parfois l’image floue d’un homme qui pendant quelques jours, quelques heures, m’a porté au-dessus de moi-même. Pas un mari, pas un amant, pas un frère… Un autre.

 

Il aimait la pluie dans mes cheveux. Il soufflait sur mes frissons des chemins de douceurs qui se perdaient entre mes pores. Nous étions le hasard et le temps. Le feu et la cendre. De ces êtres qui ne se rencontre pas car par trop similaires. De nos routes parallèles pourtant, au dessus des nuages nos solitudes se sont reconnues je crois… Et nos blessures se sont ouvertes pour que l’autre vienne y prendre place. Echange standard d’affection défectueuse. Troc de destins bancals qui tout à coup filent doux à défaut de marcher droit. Il dévoilait l’enfant aux espoirs lumineux, l’homme aux sombres désirs que le vide fragilise. Et je lui présentais ce qui scintille derrière le fard, fillette taciturne et avide de chaleur. Sur notre plan astral, l’autre réalité, une chambre en été, volets clos, lit froissé… Nous y restions des jours en oubliant le monde. Comme les touts premiers d’une nouvelle espèce, du mâle à sa femelle, tout à recommencer… Ses mains sur mon visage, ses baisers sur mes yeux ; je ne respirais plus qu’au rythme de ses mots. Ses caresses sur ma nuque de louve enamourée quand il envahissait mes restes de prestance pour annexer mon corps. Et ses paumes sur mes seins, un instant pétrifiés juste avant le retour au galbe primordial. Et ses yeux… Comme un ciel d’orage au-dessus des terres noires de ces îles qu’on ne visitera jamais. Je construis l’illusion d’avoir frôlé son cœur puisque le mien est à terre. Je m’imagine avoir perdus mes doigts dans ses cheveux, embrassée sa peau nue au sortir de la transe. Je peux presque percevoir le goût de son souffle sur mes lèvres entrouvertes. Et sa voix berce encore les images qui s’égarent sous mes draps, sous mes paupières. Sur le dos voûté de la nuit, je trace du bout des doigts sa silhouette qui s’évapore. Je respire les ténèbres, pour y flairer sa piste mais je ne perçois plus rien que des relents d’erreur. Je l’ai tant désiré qu’il me semble parfois n’avoir voulu que lui. Je garde en moi l’empreinte que laisse son absence ; cette place abandonnée que personne n’a su prendre. Que personne ne prendra…



16-08-2010 | 1323 vues

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Commentaires


l'auteur
le 05-10-2011 à 21:12:27
Merci Clorinda, je reste toujours sans voix après avoir lus vos magnifiques commentaires poétiques !
clorinda
le 27-09-2011 à 10:45:04
Bonjour,

Très belle évocation où la poésie et le rêve s'impriment dans le coeur de celui qui vous lit.



O cœur à corps livré, rêves tus qu’on partage,
Est-ce vrai qu’il fut réel ou simple mirage?
Qu’importe. Il est venu dans le silence,
Celui qu’on attendait au bord de l’inconscience.

Vous vous êtes pour lui dévêtue du présent,
Le temps s’est arrêté au bord de ses paupières,
Infini souvenir que ne balaie le vent,
Tissant pour toujours la toile de sa lumière.

Clorinda.

L'auteur
le 01-09-2010 à 00:29:38
Je ne sais pas s'il s'est senti vivre dans cette chambre mais elle me hante et cette peau que je n'ai pas touchée me manque douloureusement...Merci pour le commentaire en tout cas, et pour le reste aussi.
Camille
le 31-08-2010 à 17:18:39
Une performance... Avoir frôle un cœur perdu... Ça n est possible que par delà les nuages, dans une dimension parallèle... Je pense qu il est inenvisageable que cet homme n est pas été impacte. La place en toi que tu lui réserves doit avoir sa jumelle dans son univers... "place du Piaf a dent".
si dans cette dimension plus rien ne saurait relancer son palpitant... J imagine qu il s est senti vivre dans cette chambre d été...tout contre ta peau. Il n a sûrement pas abandonne sa place... "place de l autre".

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