Les pays verrouillés

Les pays verrouillés.

 

 

 

Papa a posé un verrou sur la porte de ma chambre.

A l’intérieur.

Parce qu’il me savait furtive dans le monde des grands.

Fugace comme un regard timide,

Comme l’ombre d’un moineau sur le béton armé…

Dès lors, cette chambre devint hermétique.

Aucun regard humain ne pu y pénétrer.

 

Personne ne me voyait quand je saignais dans l’encrier.
Personne pour me juger quand je peignais ces corps à nus.

Personne d’autre que moi pour me regarder en face…

Et personne pour m’entendre renifler mes sanglots.

 

Mais j’entendais le monde grouiller derrière la porte…

Ces petits cris stridents, ces éclats de rire graves.

Et je les abhorrais.

Ils m’étaient étrangers, interdits de facto.

Seule avec cette colère qui fait grincer les crocs

Des petits animaux de mon espèce têtue.

« Puisqu’on ne peut rien en faire, autant la remiser. »

 

J’étais donc ce bocal de fruits aigres au placard.

Réfugiée tout en haut des étagères humides.

De ceux qu’on laisse vieillir avant de les goûter.

Ou bien qu’on jettera pour gagner de la place.

 

Mais tout en haut de l’escalier,

Derrière la porte de mon placard,

Les murs tapissés de nuages bleus et de Gallions,

Le radiateur en fonte, le couvre-lit orange…

Tout me parlait d’ailleurs.

Et je les inventais,

Un crayon à la main.

 

Les pays de mon enfance restent verrouillés en moi. De l’intérieur.

 



31/03/2008
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